L’ambulancière ou ambulancier chef des secours (ACS) mène, en binôme avec une ou un médecin chef de secours, le commandement sanitaire lors d’un événement majeur non planifié. En situation normale, l’ACS a en charge la préparation, la planification et l’organisation de concepts sanitaires, notamment lors de manifestations de grande ampleur. Zoom sur une fonction apparue le 1er janvier 2025.
Ambulancière ou ambulancier chef des secours (ACS). Le titre n’évoque pas spontanément la fonction… contrairement à l’allemand : Einsatzleiter Sanitätdienst. En français, responsable des opérations du service médical. « Effectivement, notre première mission est la conduite, la prise de décision lors d’une situation sanitaire exceptionnelle », explique d’entrée Philippe Fernandez, ambulancier chef des secours depuis le début de l’année. Et d’ajouter : « Nous agissons toujours avec une ou un médecin chef des secours (MCS). Nous sommes complémentaires et croisons nos différents regards et compétences pour le meilleur choix. Durant l’intervention, nous ne soignons pas, mais nous appréhendons le problème afin de définir les priorités médicales. Nous travaillons ensemble pour le même objectif : soigner et sauver des personnes lors de tels événements (n.d.l.r. : jusque-là le MCS agissait seul). »
Par exemple, lors d’un incendie avec de nombreuses personnes intoxiquées par inhalation de fumée, le MCS définit prioritairement celles qui ont besoin d’être oxygénées et transportées vers un centre de médecine hyperbare (les HUG possèdent le seul centre d’urgence de ce type) alors que l’ACS intervient sur la partie logistico-technique pour trouver l’oxygène. Ce travail en binôme est une particularité de la conduite sanitaire : en effet, les autres corps intervenants dans un poste de commandement avancé, comme la police et les sapeurs-pompiers, voire l’armée ou la protection civile, ont un seul officier à la tête des opérations respectives.
« La capacité à travailler en équipe est centrale, car nous collaborons avec de nombreux partenaires durant les interventions. »
Calme et analyse
De l’incendie au carambolage autoroutier en passant par la contamination chimique, les situations sont tellement diverses qu’il faut faire preuve d’adaptation. Et ce n’est pas la seule qualité requise par l’ACS qui doit, au plus fort de la tension, rester calme et garder une capacité d’analyse. « L'objectif est de gérer l’afflux de victimes en coordonnant les moyens humains et matériels lors des opérations de secours sur le terrain. Il s’agit de mettre en place des zones de triage et de prise en charge des victimes, de s’occuper de la logistique et de bien communiquer avec la centrale 144 et avec l’hôpital », précise-t-il. Autant d’aspects qui nécessitent une bonne connaissance du système sanitaire genevois, raison pour laquelle l’ACS garde une activité d’ambulancier ou ambulancière.
Nombreuses tâches hors intervention
Bien que fréquents et en augmentation, notamment en raison du dérèglement climatique, les événements exceptionnels ne sont fort heureusement pas quotidiens. C’est pourquoi l’ACS n’est pas toujours au front. Hors intervention, il ou elle assure de multiples tâches dont l’organisation de concepts d’interventions sanitaires liés aux manifestations planifiées de grande ampleur (Course de l’Esacalade, Genève Marathon, Lake Parade, etc.). Ce qui implique des réunions de préparation avec la police, la voirie, le Service des espaces verts, les Transports publics genevois ou encore les sociétés privées de sécurité. L’ACS participe également à la formation des services d’ambulance aux événements majeurs, assure la disponibilité opérationnelle du véhicule du poste de commandement sanitaire et effectue de nombreuses tâches administratives (établissement de procédures, recommandations, rédaction des retours d’expérience).
Formation fédérale
Comment devient-on ACS ? Le prérequis est une expérience de cinq ans dans un service d’ambulance ou d’urgences préhospitalières. Ensuite, il faut suivre une formation fédérale d’une semaine sur la conduite sanitaire en cas d'événement majeur. Elle s'adresse aux médecins urgentistes ainsi qu’aux ambulanciers et ambulancières. Le diplôme est décerné par le Réseau national de médecine de catastrophe KATAMED (anciennement Service sanitaire coordonné) et la Société suisse de médecine d’urgence et de sauvetage. « Les cours visent à développer les compétences de direction et de management. Nous apprenons les outils d’aide à la conduite, comme la visualisation, le renseignement, la documentation opérationnelle et la tenue d’un journal, ainsi que les aspects de communication et de reporting dans un contexte de crise », souligne Philippe Fernandez. Ensuite, la formation continue est obligatoire pour maintenir les compétences. Des exercices pratiques, fondés sur des scénarios de crise, sont régulièrement proposés. « La simulation pour apprendre fait partie de notre culture professionnelle », conclut-il.
Publié le 8 Décembre 2025 | Auteur: Giuseppe Costa
Crédit photo: Julien Gregorio