Renforcement de la prise en charge du diabète en Guinée-Bissau

Date du projet
Zone Géographique
Guinée-Bissau
Domaine
Diabétologie
Type de mission
Projet de coopération
Pool HUG
Non
Partenariat
Convention de collaboration
Description du projet

Le diabète connaît une progression rapide en Afrique subsaharienne, y compris en Guinée-Bissau, où les systèmes de santé restent fragiles et peu préparés à répondre à l’augmentation des maladies chroniques. L’accès au diagnostic, aux traitements et à un suivi structuré est souvent limité, entraînant des complications graves et évitables.

Dans ce contexte, les HUG ont initié en 2018 un projet de coopération visant à améliorer la prise en charge des personnes vivant avec un diabète, à travers une approche centrée sur le renforcement des capacités locales et le transfert de compétences.

Ce projet s’inscrit dans une démarche de renforcement des capacités locales et repose sur des partenariats solides entre :

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Diabète Guinée-Bissau

Contexte et besoins

Le diabète en Guinée-Bissau : un défi de santé publique

En Guinée-Bissau, le diabète reste largement sous-diagnostiqué et insuffisamment pris en charge. Dès la première mission d'évaluation, plusieurs obstacles majeurs ont été identifiés : des diagnostics posés tardivement, souvent au stade de complications avancées ; un manque de formation des équipes soignantes ; l'absence de protocoles standardisés ; un accès limité aux médicaments et aux outils diagnostiques ; et un déficit de données épidémiologiques fiables. 
Ces facteurs combinés rendent difficile toute prise en charge structurée et coordonnée.

Un accès aux soins profondément inégal

Le système de santé guinéen fait face à des contraintes structurelles sévères. Le pays compte seulement 6,6 professionnels et professionnelles de santé pour 10 000 habitants, et les infrastructures médicales restent très limitées en dehors de la capitale. Les conditions de vie fragilisent davantage la situation : seuls 24 % de la population ont accès à une eau salubre, un facteur aggravant pour la santé globale des communautés et la prévention des maladies chroniques.

4 axes principaux

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Diabète Guinée-Bissau
  1. Mise en place d'une consultation spécialisée en diabétologie
    Création et développement d’une consultation dédiée aux personnes vivant avec un diabète au sein de l’Hôpital National Simão Mendes.
     
  2. Formation des équipes médico-soignantes
    Renforcement des compétences des médecins, infirmières et infirmiers, nutritionnistes et autres professionnelles ou professionnels impliqués dans la prise en charge du diabète.
     
  3. Développement d'outils et de protocoles
    Élaboration de recommandations pratiques, de supports éducatifs et de procédures adaptées au contexte local.
     
  4. Coordination et prévention
    Renforcement des synergies entre les actrices et acteurs institutionnels, associatifs et communautaires, et soutien aux actions de prévention et de dépistage.

Consultation spécialisée en diabétologie

Créée en 2019, cette consultation constitue le pilier clinique du projet. Elle assure le suivi régulier des patients et patientes diabétiques, l'adaptation de leurs traitements, la prévention des complications et leur éducation thérapeutique.

Depuis sa création, l'activité n'a cessé de se développer : en 2026, plus de 600 personnes sont suivies, avec des consultations organisées plusieurs fois par semaine. Ce rayonnement croissant témoigne de l'ancrage du projet sur le territoire et de la confiance grandissante de la population envers le dispositif, devenu une structure de référence nationale.

Sur le plan clinique, l'activité est soutenue : 677 consultations ont été réalisées en 2023 et 663 en 2024. Le nombre élevé de nouveaux cas diagnostiqués (210 en 2023 et 147 en 2024) confirme le rôle central de cette consultation dans le dépistage du diabète à l'échelle régionale.

La principale limite du dispositif demeure l'accès aux traitements. Les options thérapeutiques disponibles sont restreintes (biguanides et sulfonylurées principalement, gliptines rarement accessibles en raison de leur coût, et insuline irrégulièrement approvisionnée). Une part importante des patients et patientes doit ainsi être orientée vers des associations pour obtenir gratuitement leurs médicaments. Les programmes publics, quant à eux, ne prennent en charge l'insuline que jusqu'à l'âge de 30 ans.

Etapes-clés du projet

2018 : analyse des besoins et évaluation de la situation

Cette analyse a été réalisée avec un groupe de travail d’une vingtaine de professionnels et professionnelles de la santé de l’HNSM (médecins, infirmiers et infirmières, assistante et assistant social, diététiciens et diététiciennes), et a permis de fixer les objectifs suivants :

  • Soutenir la création et l'organisation d’une consultation spécialisée pour les personnes diabétiques 
  • Former le personnel pour assurer la prise en soins des personnes diabétiques
  • Soutenir et participer à la réalisation de protocoles, guidelines et outils d’éducation
  • Promouvoir des synergies entre les différentes associations et les soutenir pour les campagnes de prévention et dépistage.
2019 : formation des équipes de santé et création d'une consultation spécialisée

La formation se fait sous forme de modules traitant plusieurs domaines du diabète, tels que le dépistage et le diagnostic, la gestion des complications aigues et chroniques avec un focus sur les soins des pieds, l’éducation thérapeutique du patient (ETP) et le travail en équipe pluridisciplinaire. 

Le premier séminaire, co-animé avec les équipes de l’HNSM, a eu lieu en 2019 : 

  • 24 participantes et participants médico-soignants : treize médecins, huit infirmières et infirmiers, deux nutritionnistes, un assistant de santé. 
  • 9 co-animateurs et animatrices de l’HNSM (médecins, nutritionnistes, infirmiers et infirmières) avec le Dr Jorge Correia et Montserrat Castellsague Perolini, infirmière spécialiste clinique, des HUG. 
2021 : consolidation des compétences locales et structuration de l'activité

Reprise du projet après une coupure de deux ans due à la pandémie de Covid-19.

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Accueil de l'équipe en Guinée-Bissau en 2021
2026 : formation, extension régionale et ancrage institutionnel

La mission de janvier-février 2026 s'inscrit dans la continuité des actions menées depuis 2018, avec un accent particulier sur le transfert de compétences en situation réelle et l'extension du projet au-delà de la capitale.

Formation et transfert de compétences

Plus de 100 professionnelles et professionnels de santé ont été formés, à Bissau et dans des régions périphériques comme Farim. Ces sessions combinent apports théoriques, ateliers pratiques et mises en situation clinique, adaptés aux réalités du terrain.
Ce déplacement en périphérie traduit une conviction centrale du projet : l'appui ne doit pas se limiter aux équipes de la capitale. Dans ces régions, où les médecins sont très peu nombreux, c'est le personnel paramédical qui assure l'essentiel de la prise en charge des maladies chroniques. Y renforcer les compétences est donc un levier essentiel.

Activités cliniques

Des consultations supervisées ont été menées auprès de patients et patientes, permettant un apprentissage direct au contact des malades et une adaptation des pratiques aux contraintes locales.

Travail communautaire

En collaboration avec les associations locales, des actions d'éducation thérapeutique ont été conduites auprès des patients, patientes et de leurs familles, en particulier autour de la prise en charge du diabète de type 1.

Ancrage institutionnel

Des rencontres avec les autorités sanitaires et politiques ont permis de consolider la place du projet dans le système de santé guinéen et de renforcer la coopération entre les partenaires.

Rencontre avec un curandeiro

Pour mieux comprendre le parcours de soins tel qu'il existe réellement dans la communauté, l'équipe a rencontré un curandeiro, praticien de médecine traditionnelle et acteur incontournable du système de santé local. Sa place est reconnue officiellement : à l'entrée même de l'hôpital de Farim figure une liste de ces praticiens, que les patients et patientes peuvent librement consulter.
Le curandeiro est souvent le premier recours en cas de maladie. Sa proximité géographique avec les populations rurales, son accessibilité immédiate, son coût modeste et la confiance culturelle qu'il inspire en font une figure centrale, bien avant l'hôpital. Sans formation médicale au sens académique du terme, son savoir est empirique et ancré dans l'expérience. Il reçoit chaque jour de nombreuses personnes, souvent issues de milieux très précaires, et est rémunéré selon ce que chacune peut lui donner, sans tarif fixe ni revenu assuré. Lorsqu'il estime qu'une prise en charge médicale est nécessaire, il oriente vers les structures de soins modernes.
Cette rencontre a mis en lumière la fragilité du système de soins, pour les patientes et patients comme pour les actrices et acteurs communautaires qui le font vivre. Elle souligne surtout un levier encore sous-exploité : sensibiliser les praticiens traditionnels aux signes d'alerte du diabète et à l'importance d'un traitement précoce pourrait améliorer significativement le dépistage et réduire les retards de prise en charge. Une collaboration structurée entre médecine traditionnelle et médecine moderne représente une piste concrète, au bénéfice direct des patients et patientes.

Impact et perspectives

Depuis son lancement, le projet a profondément transformé la prise en charge du diabète en Guinée-Bissau. Une offre de soins spécialisée en diabétologie a été créée, des centaines de professionnelles et professionnels de santé ont été formés, et les compétences cliniques et éducatives des équipes locales se sont nettement renforcées. Les liens entre l'hôpital, les associations de patients et les autorités sanitaires se sont consolidés, contribuant à une meilleure coordination du système de soins malgré des contraintes importantes.

Des défis qui persistent

Ces avancées restent fragiles. L'accès aux médicaments essentiels, en particulier à l'insuline, demeure insuffisant. Les outils de diagnostic et de suivi, comme la mesure de la glycémie ou de l'HbA1c, font encore défaut. L'absence d'un système structuré de collecte de données complique l'évaluation de l'impact réel des interventions, et les contraintes logistiques du système de santé pèsent sur la continuité des soins.
Ces obstacles rappellent une réalité centrale : la formation, aussi essentielle soit-elle, ne peut produire des effets durables sans un accès renforcé aux ressources matérielles. Compétences et moyens doivent progresser ensemble pour que les patients et patientes en bénéficient concrètement.

La suite du projet

Le projet a démontré sa pertinence et son impact. Sa poursuite dépend aujourd'hui de l'obtention de nouveaux financements, pour lesquels une demande est actuellement en cours. Ces ressources permettront de définir les prochaines étapes et d'inscrire le projet dans la durée.

Plus d'informations

Vidéos
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Reportage Radio Capital FM
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L'AAPDGB et les HUG empower les professionnels guinéens de la santé dans le traitement du diabète
Collaborateurs impliqués
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Dr Jorge Correia
Docteur Jorge Correia
Médecin chef de clinique au Service de médecine de premier recours
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Montserrat Castellsague Perolini
Montserrat Castellsague Perolini
Infirmière spécialiste clinique en diabétologie et en ETP