Des spécialistes des HUG récompensées par les Prix scientifiques Leenaards 2026

Prix scientifiques Leenaards 2026

Deux groupes de recherche de l’arc lémanique reçoivent le Prix scientifique Leenaards 2026, d’un montant total de près de 1,4 million de francs. Le premier projet, dirigé par la Prof. Isabella Eckerle, virologue clinicienne, directrice du Centre des maladies virales émergentes des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et professeure à la Faculté de médecine de l’Université de Genève (UNIGE), vise à réduire l’impact du virus de l’hépatite E (de génotype 1) en développant un traitement efficace qui pourrait empêcher sa réplication lors de flambées épidémiques. Bien qu’il provoque chaque année la mort d’au moins 44 000 personnes en Afrique et en Asie, dont des femmes enceintes, le virus de l’hépatite E reste largement sous-étudié par la recherche.

Le deuxième projet, mené par Elena Beanato, cheffe de projet à la Consultation de santé cérébrale et mentale des HUG, explore une nouvelle approche non invasive pour restaurer les fonctions cognitives après un traumatisme crânien ou en cas d’épilepsie, en visant particulièrement la capacité d’orientation spatiale. Pour y parvenir, l’équipe de recherche mise sur une stimulation transcrânienne des régions profondes du cerveau à l’aide de champs électriques, afin d’éviter le recours à un acte chirurgical invasif. 

Décrypter le virus de l'hépatite E pour affronter les épidémies

Chaque année, l’hépatite E infecte plus de 20 millions de personnes dans le monde. Elle provoque au moins 44 000 décès, concentrés en Afrique et en Asie, où circule le génotype 1 (HEV-1), responsable de vastes épidémies liées à l’eau contaminée. Chez les femmes enceintes, la mortalité peut atteindre 25% dans certaines de ces régions touchées par l’insuffisance de l’assainissement et des infrastructures sanitaires fragiles. Malgré cet impact considérable, ce virus demeure largement sous-étudié et sous-diagnostiqué. Les outils pour le combattre restent limités, notamment en raison de sa grande stabilité dans l’environnement.

« L’hépatite E est l’une des maladies les plus difficiles à gérer sur le terrain et, en situation d’épidémie, très peu de solutions concrètes existent », déplore la Prof. Isabella Eckerle. « L’espoir de notre groupe de recherche est d’identifier rapidement des candidats antiviraux afin de disposer, en cas d’épidémie, d’un traitement capable d’aider les personnes atteintes de formes sévères de la maladie ». La professeure mène ce projet aux côtés du Prof. Jérôme Gouttenoire (FBM-UNIL), chef de laboratoire au Service de gastro-entérologie et d’hépatologie du CHUV, où sont conduits des travaux de recherche fondamentale sur l’hépatite E, et de l’épidémiologiste Dr Andrew Azman (HUG / UNIGE), qui travaille notamment en étroite collaboration avec Médecins Sans Frontières (MSF) Suisse et au sein du Centre des maladies virales émergentes des HUG.

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Réalisation du film par Noxediem

Restaurer les fonctions cognitives par la stimulation électrique, sans chirurgie

La navigation spatiale peut être durablement altérée à la suite d’un traumatisme crânien, même léger (commotion), ou dans certains cas d’épilepsie. Sans cette fonction essentielle du cerveau, les personnes concernées perdent souvent leurs capacités d’orientation à court ou plus long terme. Parmi les cas de traumatismes crâniens légers à modérés (dans 80% des situations), près de 15% des personnes présentent des troubles persistants à plus de six mois. Elles peuvent alors signaler des difficultés de mémorisation spatiale, de repérage ou des désorientations. « Des gestes simples comme se repérer dans une ville, retrouver son chemin ou mémoriser des trajets pourtant familiers deviennent alors difficiles à réaliser », explicite Elena Beanato, cheffe de projet à la Consultation de santé cérébrale et mentale des HUG. À l’heure actuelle, les traitements disponibles restent cependant limités. 

Pour remédier à cette situation, la chercheuse pilote une équipe transdisciplinaire afin d’explorer une approche innovante : stimuler des régions profondes du cerveau sans recourir à la chirurgie invasive. La technologie utilisée pour y parvenir est la stimulation transcrânienne à interférence temporelle. Elle repose sur deux courants électriques à haute fréquence appliqués à la surface de la tête. « Là où leurs champs se croisent, une modulation se crée en profondeur et peut influencer l’activité des neurones de manière ciblée, notamment dans l’hippocampe, une région clé pour la mémoire et l’orientation », détaille Elena Beanato, qui mène ce projet de recherche lauréat de l’un des deux Prix scientifiques Leenaards 2026, en collaboration avec le Prof. Friedhelm Christoph Hummel, directeur du Hummel Lab de l’EPFL, et professeur associé à la Faculté de médecine de l’UNIGE, et le Prof. Pierre Mégevand, neurologue aux HUG et chercheur au Human Neuron Lab de la Faculté de médecine de l’UNIGE.
 

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Réalisation du film par Noxediem
Dernière mise à jour : 29/04/2026