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Ouverture d’une consultation dédiée au chemsex
Les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont ouvert une nouvelle consultation au Service des maladies infectieuses (Unité VIH),consacrée au chemsex, qui désigne l’usage de substances psychoactives dans un contexte sexuel. Elle répond à la nécessité d’une approche multidisciplinaire et non jugeante.
«Le chemsex constitue un enjeu de santé publique clairement identifié, pour l’instant peu dépisté ou pris en soins » décrit le Dr Matteo Reymond, médecin responsable de la consultation. « Il convient de compléter l’offre d’accompagnement déjà proposée par le centre de santé communautaire Checkpoint Genève depuis 2019 en construisant avec eux, ainsi qu’avec les personnes concernées un réseau de soin multidisciplinaire.»
Dans cette perspective, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) viennent d’ouvrir, au Service des maladies infectieuses, une consultation dédiée au chemsex. Elle s’adresse à toute personne qui questionne sa consommation de substances lors de rapports sexuels, ainsi qu’à leurs proches. L’équipe spécialisée propose une prise en charge personnalisée et multidisciplinaire, remboursée par l’assurance maladie LAMAL.
Une population avec des facteurs de vulnérabilité en santé
Le chemsex désigne l’usage de substances psychoactives dans un contexte sexuel, visant à faciliter, prolonger ou intensifier les rapports. Il implique parfois des partenaires sexuels multiples, souvent contactés par le biais d’applications de rencontre.
Selon la littérature, le chemsex est décrit presque exclusivement chez des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes. La plupart le vivent de manière non problématique. Toutefois, 25% des usagers rapportent un impact négatif sur leur vie, et le besoin d’un accompagnement1.
En Europe, les principales substances utilisées pour le chemsex sont le GBL/GHB, la methamphétamine (« Cristal meth », « Tina »), et les cathinones (2-3-4MMC et beaucoup d’autres)2. 6-10% des personnes ayant cette pratique consomment des substances par injection dans la veine3.
Environ 15 % des hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes pratiquent le chemsex, avec un âge médian d’environ 35 ans, indépendamment des ressources sociales et économiques2,4.
Par extrapolation, 1 500 à 4 000 personnes pourraient être concernées dans le canton de Genève. Elles sont potentiellement exposées à des discriminations liées à l’usage de substances psychoactives et à l’appartenance à la communauté LGBTQIA+. Dans cette population, les problèmes d’anxiété ou de dépression sont plus fréquents5.
Par ailleurs, cette pratique comporte des risques :
- Surdosages de substances
- Addiction aux substances, mais également au sexe et usage problématique des applications de rencontre6,7
- Infections transmissibles sexuellement ou par le contact avec le sang (VIH, syphilis, gonorrhée, chlamydia, hépatites virales)2
- Complications liées à l’injection ou à d’autres modes de consommation de substances
- Impact sur la sexualité (diminution de la libido à l’état sobre, perte d’appétence pour la sexualité sans substances)8
- Risque de violences sexuelles9 , car l’obtention d’un consentement clair au rapport sexuel est rendue plus difficile par la consommation de substances psychoactives
La peur du jugement retarde la prise en charge
« Les personnes qui pratiquent le chemsex ne sont pas identifiées comme telles lors d’un passage à l’hôpital, souligne le Dr Matteo Reymond, médecin responsable de la consultation du Service des maladies infectieuses (Unité VIH). Elles ne vont pas parler spontanément de substances ou de leurs pratiques sexuelles, par peur d’être jugées et incomprises, le plus souvent à raison. Lorsque le sujet n’est pas identifié, aucun accompagnement n’est proposé. »
Le premier rendez-vous permet de discuter de la situation et de définir les besoins de la personne avant de proposer un accompagnement individualisé qui peut comprendre :
- une consultation infirmière de réduction des risques liés à la consommation de substances ;
- une consultation de sexologie ;
- les consultations d’addictologie de l’Unité des dépendances en médecine de premier recours et du Service de psychiatrie adulte des HUG (CAAP Grand Pré) ;
- un accompagnement communautaire avec Checkpoint Genève (soutien par les pairs et groupes de parole, également aux HUG).
L’équipe de la consultation pourra également venir en aide aux équipes de soins pour les personnes hospitalisées ou de passage aux urgences à la suite de complications dues à la pratique du chemsex.
Consultation remboursée par la LAMal
Cette consultation est remboursée dans les prestations de base de l’assurance maladie (LAMal) sous déduction de la franchise et de la participation (10 % des frais à charge jusqu’à un maximum de 700 CHF par année).
Une évaluation sociale est possible en cas de difficultés financières ou liées à l’accès à une assurance maladie.
La consultation chemsex bénéficie du soutien de la Fondation privée des HUG.
1Tangerli MM et al. Healthcare experiences and barriers for Men Who Have Sex with Men -MSM - who engage in chemsex. Emerging Trends in Drugs, Addictions, and Health. 2022
2Coronado-Muñoz M et al. Sexualized Drug Use and Chemsex among Men Who Have Sex with Men in Europe: A Systematic Review and Meta-Analysis. J Clin Med. 2024
3Whitlock GG, et al. Chems4EU: chemsex use and its impacts across four European countries in HIV-positive men who have sex with men attending HIV services. HIV Med. 2021
4Evers YJ, et al. Attitude and beliefs about the social environment associated with chemsex among MSM visiting STI clinics in the Netherlands: An observational study. PLoS One. 2020
5Íncera-Fernández D et al. Mental Health Symptoms Associated with Sexualized Drug Use (Chemsex) among Men Who Have Sex with Men: A Systematic Review. Int J Environ Res Public Health. 2021
6Jennings TL, et al. Chemsex and compulsive sexual behavior among sexual minority men. J Sex Med. 2025
7Winter BL, et al. Relations of problematic online dating app use with mental and sexual health: a cross-sectional study in Swiss university students. BMJ Public Health. 2025
8Malandain L. et al. Current Addiction Reports. 2023
9Wilkerson JM, et al. Sexual Violence and Chemsex among Substance-Using Sexual and Gender Minorities in Texas. Subst Use Misuse. 2021