En collaboration avec des communes de Suisse romande et des hôpitaux, dont les Hôpitaux universitaires de Genève, l’EPFL lance URBASAN, un projet visant à cartographier l’influence des environnements urbains sur le sommeil de la population.
Près de la moitié de la population suisse déclare souffrir de troubles du sommeil. La prévalence de ces troubles a augmenté ces dernières années, si bien que la qualité du sommeil est désormais un problème de santé publique. Un mauvais repos nocturne peut refléter et contribuer à des problèmes de santé plus généraux, notamment la dépression et les maladies neurodégénératives.
Le projet URBASAN a pour but de cartographier les habitudes de sommeil de la population. Les chercheuses et chercheurs analyseront les données collectées, ce qui leur permettra de détecter de potentiels troubles du sommeil de manière plus précoce et d’évaluer l’influence de facteurs tels que le bruit de la circulation, la densité de l’habitat, les espaces verts et l’exposition à la lumière nocturne.
« Nous combinons collecte de données, analyse et interventions de santé publique via une plateforme sécurisée et indépendante », explique Stéphane Joost, Maître d’enseignement et de recherche au Laboratoire de géochimie biologique de la faculté ENAC, qui dirige l’étude conjointement avec Philippe Voruz, psychologue aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et chercheur postdoctoral à l’EPFL. L’objectif est de créer un modèle reproductible que les autorités pourront utiliser pour définir des politiques publiques.
Le projet a reçu un financement de 1,5 million de francs suisses de la part de Promotion Santé Suisse, une fondation privée soutenue par les cantons, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et les caisses d’assurance maladie, avec la collaboration des communes de La Chaux-de-Fonds et du Locle dans le canton de Neuchâtel, d’Yverdon-les-Bains dans le canton de Vaud et d’Onex dans le canton de Genève.
Un bon sommeil est synonyme de bonne santé mentale
Si la Suisse est considérée comme l’un des pays dotés des meilleurs systèmes de santé, une grande partie des ressources est consacrée au traitement plutôt qu’à la prévention. L’objectif du projet URBASAN est d’évaluer la santé du sommeil et de mettre en place des mesures préventives ciblées sur la base des résultats obtenus. « Il s’agit d’une étude sur la qualité du sommeil, mais ce que nous évaluons réellement, c’est la santé mentale de la population », explique Phillipe Voruz. Si les données cliniques sur nos nuits révèlent des difficultés individuelles, l’agrégation de ces informations sur le plan géographique permet d’avoir une vue d’ensemble de la manière dont nos quartiers et l’aménagement urbain influencent le bien-être collectif.
À travers la plateforme, les participantes et participants répondront à une série de questions visant à évaluer leurs habitudes de sommeil ainsi que des indicateurs liés à la dépression, à l’anxiété, à l’activité physique et aux conditions environnementales. « Nous utilisons les mêmes tests dans notre pratique à l’hôpital pour diagnostiquer les troubles du sommeil », commente Phillipe Voruz. La méthodologie a été approuvée par les comités d’éthique de chacun des trois cantons participants.
Les données collectées par la plateforme sont anonymisées et stockées sur des serveurs de l’EPFL, où les scientifiques effectueront l’analyse. Selon Stéphane Joost, ce procédé contribue à renforcer la confiance du public en matière de protection des données et de cybersécurité.
Une collaboration clé avec les communes et les hôpitaux
Toutes les communes participant à URBASAN partagent la volonté de développer une culture de santé publique à long terme. Les administrations locales, comme celle d’Yverdon-les-Bains, souhaitent utiliser les données de terrain pour mieux adapter les politiques de santé publique aux besoins locaux. Les résultats du projet aideront les administrations à mieux comprendre comment les facteurs urbains et les dynamiques socio-économiques influencent la vie de leurs citoyennes et citoyens et à définir des initiatives ciblées qui favorisent la santé publique.
Le projet combine l’expertise de l’EPFL en géographie environnementale avec l’expertise clinique des hôpitaux partenaires. Par exemple, les HUG hébergent la plateforme au sein de SPECCHIO-HUB, un site Internet créé par l’Unité d’épidémiologie populationnelle (UEP) du Service de médecine de premier recours qui regroupe les différentes études menées par l’UEP. Ces études visent à mieux comprendre les facteurs de risque et les facteurs protecteurs qui influent sur l’état de santé de la population genevoise.. Au CHUV (Centre hospitalier universitaire vaudois), le projet est mené par le Centre d’investigation et de recherche sur le sommeil (CIRS).
Après avoir analysé les données recueillies par la plateforme, l’équipe de l’EPFL souhaite concevoir, proposer et mettre en œuvre des campagnes de prévention et de sensibilisation auprès de la population. « Nous concentrerons nos interventions sur les quartiers où les données révèlent des signes de troubles du sommeil », explique Stéphane Joost. Ces interventions s’appuieront sur des protocoles éprouvés, conçus pour maximiser l’impact tout en restant rentables et en optimisant le parcours du patient.
Une plateforme polyvalente à long terme
Bien que d’autres projets développés au Japon, aux Pays-Bas et en Scandinavie aient suivi une approche similaire, la particularité de la plateforme URBASAN réside dans l’intersection entre le milieu universitaire de l’épidémiologie spatiale, les autorités et les institutions chargées de la santé publique.
D’ici environ un an, Stéphane Joost espère disposer des premières données significatives pour lancer des actions ciblées. Mais la plateforme restera ouverte, et les participantes et participants pourront continuer à remplir le questionnaire afin que l’équipe de recherche puisse évaluer l’évolution des résultats au fil du temps. Conçue de manière suffisamment flexible, elle est prévue pour être utilisée par davantage de communes et s’adapter à de futures études pouvant aborder d’autres questions de santé. L’ambition à long terme d’URBASAN est d’aider les villes suisses à concevoir des environnements urbains favorisant un meilleur sommeil et une vie plus saine.
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