Communiqué de presse

Virus du Nil occidental : un anticorps est responsable d’encéphalites graves

Moustique de type Culex

Un facteur de risque majeur pour les formes graves de l’infection par le virus du Nil occidental est identifié grâce à une étude clinique internationale, coordonnée, entre autres, par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et Rockefeller University à New York. Ce virus, transmis principalement par des moustiques, est devenu une préoccupation de santé publique après sa récente arrivée sur le territoire européen et suisse. Il provoque une encéphalite, c’est-à-dire une inflammation grave du cerveau, dans 0,5 % des cas. Ces encéphalites sont parfois mortelles. L’étude montre que le risque de développer une encéphalite chez les individus porteurs de certains auto-anticorps est jusqu’à 2 000 fois plus élevé que chez ceux qui n’en ont pas. Publiée dans la revue Journal of Human Immunity, l’étude est porteuse d’espoir quant à des stratégies de dépistage et de prévention ciblées.

Longtemps cantonné à des zones tropicales, le virus du Nil occidental gagne progressivement du terrain en Europe et en Suisse à cause du réchauffement climatique. « Nous observons désormais une installation durable du virus en Italie du Nord, autour de la plaine du Pô. Il est aussi présent au Tessin », alerte le Pr Alessandro Borghesi, principal investigateur de l’étude, médecin adjoint agrégé au sein du Service de néonatologie et des soins intensifs pédiatriques des HUG et professeur invité au Département de pédiatrie, gynécologie et obstétrique de l’Université de Genève (UNIGE). 

L’infection est asymptomatique dans environ 80% des cas, elle évolue vers des symptômes de type grippaux ne nécessitant pas de prise en charge hospitalière dans environ 20% des cas, et vers une maladie grave dans environ 0,5% des cas. Ces formes graves sont caractérisées par des encéphalites menant à une issue fatale chez une personne sur cinq ou à d’importantes séquelles neurologiques dans la moitié des cas. Comme il n’existe actuellement pas de traitements, toutes les personnes atteintes de formes graves doivent être prises en charge en milieu hospitalier, le plus souvent en soins intensifs pour soutenir leurs fonctions vitales. 

Selon le Pr Alessandro Borghesi, même si ces formes graves restent rares, elles suffisent à saturer les centres de soins lors des flambées épidémiques. « Ce fut le cas en Italie, ou plus de 2 000 cas d’encéphalites associées au virus ont été enregistrés entre 2018 et 2022. En Israël, qui a fait face au plus grand foyer épidémique connu à ce jour, plusieurs centaines de personnes ont été prises en charge aux soins intensifs en 2024 », précise-t-il. Face à cette réalité et à l’absence de traitements, cette étude a pour but de mieux identifier les personnes à risque de développer des formes graves afin de mettre en place des démarches préventives. 

Quand l’immunité se bat contre elle-même 

Les interférons de type I sont des molécules produites très tôt par notre organisme pour contrôler les infections virales. Chez certains individus pourtant en bonne santé, des anticorps auto-immuns – appelés anticorps anti-interférons – circulent dans le sang et neutralisent ces messagers du système immunitaire. « Ces personnes vivent sans le savoir avec une vulnérabilité invisible. Elles peuvent faire face à la plupart des infections, mais en cas de primoinfection par un nouveau virus, comme le virus du Nil occidental, cette faille se révèle », explique le Pr Alessandro Borghesi. 

Les résultats confirment que les anticorps anti-interférons sont absents chez les personnes asymptomatiques ou légèrement atteintes, mais présents chez 40 % des personnes hospitalisées pour encéphalite. La présence de cette molécule immunitaire augmente le risque de développer une encéphalite d’un facteur de 20 à 2000 fois. 

Lors d’une précédente étude, le chercheur et son équipe avaient identifié ces auto-anticorps comme un facteur de risque de développer une encéphalite à la suite d’une infection par le virus du Nil occidental. Restait à vérifier cette tendance à plus large échelle. Pour ce faire, le Pr Alessandro Borghesi et son équipe ont analysé 13 cohortes internationales indépendantes, composées de personnes atteintes par le virus du Nil occidental entre 2022 et 2024, notamment en Italie, en Israël et aux Etats-Unis.

Vers un dépistage ciblé et des mesures de prévention 

Cette découverte ouvre des perspectives concrètes. Un dépistage pourrait être envisagé, en particulier chez les personnes âgées de plus de 65 ans, davantage à risque de développer des formes graves. « Cela permettrait d’identifier les personnes à risque et d’adapter les mesures préventives ou, si un vaccin est un jour développé, une vaccination », précise le Pr Alessandro Borghesi. De plus, cette découverte ouvre la porte à la meilleure compréhension de formes graves issues d’autres virus, comme l’encéphalite à tiques, le COVID-19 ou encore la grippe, qui pourraient impliquer le même mécanisme.

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Dernière mise à jour : 13/03/2026