Traumatismes crâniens à Genève : la géographie du risque

Les traumatismes crâniens ne sont pas répartis uniformément sur le territoire genevois. Ils tendent à se concentrer dans certains lieux, à certaines périodes de l’année et au sein de groupes de population spécifiques, avec des profils de risque différents chez les personnes âgées et les adultes en âge de travailler. Telle est la principale conclusion d’une étude populationnelle menée par deux étudiantes de l'EPFL, avec une équipe de chercheuses et chercheurs de l’EPFL et du NeuroCentre des HUG, parmi lesquels Stéphane Joost (laboratoire Giraph de l'Unité d'épidémologie des HUG et GEOME Lab à l'EPFL), Philippe Voruz (GEOME Lab et neuropsychologue aux HUG), Giannina Iannotti, PhD-eMBA, responsable du NeuroCentre, et le Pr Karl Schaller, chef du NeuroCentre et médecin chef du Service de neurochirurgie des HUG. L’étude a été publiée dans l’American Journal of Public Health.

L’équipe de recherche a analysé 1 071 cas de traumatismes crâniens ayant nécessité une hospitalisation à Genève entre 2012 et 2024 et les ont comparés à une population de référence synthétique de 10 000 habitants reflétant la structure démographique du canton. En combinant des analyses spatiales, temporelles et multivariées, l’équipe a étudié où et quand surviennent ces traumatismes, ainsi que la manière dont les facteurs cliniques, démographiques et socioéconomiques interagissent. 

Principaux résultats

  • Quatre clusters spatiaux significatifs ont été identifiés. Concernant les personnes âgées de 60 ans et plus, les traumatismes se concentraient dans le centre de Genève et dans la région de Dardagny, des zones caractérisées par une forte proportion de seniors et la présence d’établissements médico-sociaux. Pour les adultes en âge de travailler (18 à 59 ans), les clusters étaient principalement situés dans l’ouest et le sud du canton. Ces deux répartitions ne se recoupaient pas, soulignant l’existence d’environnements de risque spécifiques à chaque groupe d’âge. 
  • Les tendances temporelles diffèrent selon l’âge. Les hospitalisations de personnes âgées présentent un pic en automne et au début de la semaine, une répartition compatible avec l’influence de facteurs environnementaux, tels qu’une diminution de la luminosité ou des surfaces glissantes, mais aussi avec certaines habitudes de vie. Chez les adultes d’âge actif, les hospitalisations étaient réparties de manière plus homogène tout au long de la semaine. 
  • Dix profils distincts de patientes et patients ont été mis en évidence. En croisant des données démographiques, cliniques et socioéconomiques, les chercheurs et chercheuses ont identifié différentes trajectoires, allant notamment d’hommes âgés vivant seuls et présentant des séjours hospitaliers prolongés avec un retour au domicile moins fréquent, à des femmes vivant en périphérie urbaine, disposant d’un niveau d’éducation élevé mais confrontées à une plus grande précarité socioéconomique. Dans l’ensemble, les résultats suggèrent que l’évolution et les issues après un traumatisme crânien sont influencées non seulement par les caractéristiques de la blessure, mais aussi par l’interaction entre l’âge, les conditions sociales et l’environnement de vie. 

Cette étude montre comment les données hospitalières recueillies en routine peuvent mieux éclairer la répartition spatiale et temporelle du risque de traumatisme crânien. En identifiant les lieux et les périodes de plus forte incidence, ces analyses peuvent contribuer à orienter les actions de prévention, renforcer la sécurité des personnes âgées, adapter l’offre de soins et soutenir une planification de santé publique plus équitable.
Elle souligne également l’importance d’une approche interdisciplinaire, à l’interface entre épidémiologie, neurosciences et neuropsychologie. Le croisement des données cliniques, spatiales et temporelles ouvre ainsi la voie à de nouvelles approches de neurogéographie et de neuroépidémiologie, ''au cœur de la démarche NeuroGIRAPH'' comme le souligne Giannina Iannotti. 

Dernière mise à jour : 03/09/2026